Mixologisme : la scénographie gustative entre au musée

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Le chef de cuisine ne serait-il pas le premier des artistes performers ? Deux événements convient les amateurs d’art à Paris : une exposition à la Conciergerie, « Paris, capitale de la gastronomie », jusqu’au 16 juillet 2023, et le festival d’art Night-Fall, dont la 2e édition qui se déroule du 24 juin au 9 juillet, célèbre la mixologie entre art et gastronomie.

Sous les voûtes magistrales du palais gothique de la Conciergerie, tablette tactile entre les mains, le visiteur s’immerge dans les cuisines en pleine ébullition d’un banquet préparé dans la grande salle du Palais de la Cité. Le 6 janvier 1378, en la fête de l’Épiphanie, il y a foule dans cette salle où d’ordinaire se tient le lit de justice. D’après les hérauts, chargés de la bonne ordonnance du banquet voulu par Charles V, huit cents chevaliers sont présents, sans compter les gens de la cour et les prélats. Il faut attendre les années 1790 pour que le repas se codifie, comme le rappelle cette exposition dont le commissariat est assuré par François-Régis Gaudry, l’animateur de l’émission « On va déguster » sur France Inter. Avec ses tables individuelles, ses mets à la carte et sa fameuse addition, le restaurant s’affirme comme une innovation parisienne. Aujourd’hui, on compte près de 175 000 restaurants dans l’Hexagone dont 18 000 à Paris.

« Une nouvelle génération de chefs-artistes est en train d’émerger », souligne Thomas Hug, directeur des salons artgenève et artmonte-carlo, à l’origine de Night-Fall, précurseur d’un mouvement qui fédère les initiatives singulières mêlant art et gastronomie. Pour sa deuxième édition, le festival international s’ancre à Paris et se déploie à Nice, Menton, Monaco et Turin (Italie). Le défi des chefs : réaliser un plat-signature en résonance avec une œuvre ou une performance. Éric Fontanini, le chef du restaurant Habile situé dans le 10e arrondissement s’est ainsi inspiré d’une installation fantasmagorique de l’Italien Loris Secchini sur une proposition de la Galleria Continua, ou encore Fanny Herpin, la cheffe du Camondo dans le 8e a choisi d’entrer en correspondance avec l’univers végétal de Florentine et Alexandre Lamarche-Ovize.

Le jardin urbain est le thème de Night-Fall 2023 qui s’annonce foisonnant. Philosophes, sociologues, poètes participent à cette aventure des sens. On retrouve ainsi Amaury Bouhours, jeune chef cuisinier exécutif du palace parisien Le Meurice, en résonnance avec des œuvres du Béninois Théodore Dakpogan confiées par le Musée International des Arts Modestes, le bien nommé MIAM. Une opération menée en partenariat avec Zone Sensible-Partie Poétique, une ferme urbaine située à Saint-Denis. C’est la promesse assurée d’un voyage imaginaire à travers les cuisines du monde.

Au programme des « art talks » de Night-Fall : la rencontre avec Guillaume Gomez, ancien chef de l’Élysée, nommé en 2022, « ambassadeur de France pour la gastronomie ». Ou encore, le 29 juin, à 19h, au Musée du sourire, dans le 17e arrondissement, une intervention de Marie Méon, fondatrice du studio de création Manger-Manger, pionnière d’un courant que l’on pourrait appeler le « mixologisme ». Le thème : « Art et Gastronomie : De la nécessité de mixologer ». « Au Japon, les sens du bon, du beau, des saisons, du sourcé, et de l’anti-gaspillage, participent de la culture et du savoir-vivre. Mais au-delà de ces notions, ce sont des symboles qui sont dégustés, il y a un sens dans chaque bouchée », affirme Marie Méon, artiste d’origine franco-japonaise, qui déclare ne se sentir ni cheffe, ni food-designer, ni traiteur, mais auteure d’expériences sensorielles et de scénographies comestibles.

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